Mais à quoi jouent les crayons
pendant les récréations ?
Le rouge dessine une souris,
le vert un soleil,
Le bleu dessine un radis,
le gris une groseille.
Le noir, qui n'a pas d'idée,
fait des gros pâtés.
Voilà les jeux des crayons
pendant les récréations.
Corinne ALBAUT
Un écureuil, sur la bruyère,
Se lave avec de la lumière.
Une feuille morte descend,
Doucement portée par le vent.
Et le vent balance la feuille
Juste au-dessus de l’écureuil ;
Le vent attend, pour la poser
Légèrement sur la bruyère,
Que l’écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière
Où il aime à se balancer
Comme une feuille de lumière.
Maurice Carême
Dans le tronc d'un platane
Se cache une cabane.
Un petit écureuil
Est assis sur le seuil.
Il mange des cerises,
Tricote une chemise,
Recrache les noyaux,
Se tricote un maillot,
Attaque les noisettes,
Fait des gants, des chaussettes…
Qu'importe s'il fait froid !
Tant pis si vient l'hiver !
Une maille à l'endroit,
Une maille à l'envers :
L'écureuil fort adroit,
Se fait des pull-overs.
Jean-Luc Moreau
Les glaçons qui pendent du toit
Dis-moi, c’est de la glace à quoi ?
Elle n’a pas de couleur,
Elle n’a pas de goût,
Elle n’a pas d’odeur,
Elle n’a rien du tout !
Alors, c’est de la glace à quoi,
Les glaçons qui pendent du toit ?
Corinne Albaut
(A voix basse, avec un air épouvanté, à l'oreille du lecteur.)
Retenez vous de rire
dans le petit matin !
N'écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins
Ne dites votre nom
à la terre endormie
qu'après minuit sonné
A la neige, à la pluie
ne tendez pas la main
N'ouvrez votre fenêtre
qu'aux petites planètes
que vous connaissez bien
Confidence pour confidence
vous qui venez me consulter,
méfiance, méfiance !
On ne sait pas ce qui peut arriver.
Jean Tardieu
C'est la grève des sapins
Des aiguilles des pommes de pin
Ils veulent tous être palmiers
Cerisiers ou bananiers
(Citronnier abricotier)
Devenir arbres fruitiers
(Jujubier ou grenadier)
Les sapins sont fatigués
A la fin de chaque année
Toutes ces guirlandes à porter
Ca leur donne le dos courbé
Les sapins sont enrhumés
De vivre près des cheminées
Sans air pur sans horizon
Enfermés dans des maisons
Les sapins en ont assez
De faire de l'ombre l'été
Sans être remerciés
Et l'hiver d'être coupés
Les sapins font grise mine
Et attrapent des angines
Qu'ils soignent avec du parfum
A la sève de sapin!
Les sapins ont déclaré
Que pour la nouvelle année
Ils se mettront en congé
La forêt sera fermée
Les sapins s'en vont au vert
Les sapins quittent l'hiver
Pour aller se faire bronzer
Au chaud sous les cocotiers!
Dominique Dimey
Une grenouille
Qui fait surface
Ça crie, ça grouille
et ça agace.
Ça se barbouille
Ça se prélasse
Ça tripatouille
Dans la mélasse,
Puis ça rêvasse
Et ça coasse
Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse.
Mais pour un héron à échasses,
Une grenouille grêle ou grasse
Qui se brochette ou se picore,
Ce n'est qu'un sandwich à ressorts.
Pierre Coran
L’oiseau vêtu de noir et vert
m’a apporté un papier vert
qui prévoit le temps qu’il va faire.
Le printemps a de belles manières.
L’oiseau vêtu de noir et blond
m’a apporté un papier blond
qui fait bourdonner les frelons.
L’été sera brûlant et long.
L’oiseau vêtu de noir et jaune
m’a apporté un papier jaune
qui sent la forêt en automne.
L’oiseau vêtu de noir et blanc
m’a apporté un flocon blanc.
L’oiseau couleur du temps
que m’apportera-t-il ?
Claude Roy
Après tout ce blanc vient le vert,
Le printemps vient après l’hiver.
Après le grand froid le soleil,
Après la neige vient le nid ,
Après le noir vient le réveil,
L’ histoire n’est jamais finie.
Après tout ce blanc vient le vert,
Le printemps vient après l’hiver,
Et après la pluie le beau temps.
Claude Roy
Le vent de Mars est insouciant :
Il joue aux billes avec les gouttes
Parfois même il les sèche toutes
Sans savoir que c’est du diamant.
Le vent de Mars est insouciant :
Quand il bouscule les jonquilles
Comme s’il s’agissait de quilles
Il gâche l’or qui est dedans.
Jean Orizet
Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !
Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.
Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet,
Les yeux brillants, l’âme légère,
Les fillettes s’en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.
Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !
Maurice Carême
Timide et coquet
Je m’appelle le muguet
Dans mes feuilles je me cache
De peur qu’on ne m’arrache
Et s’il est vrai que je porte bonheur
Venez, venez, je vous offre mon cœur.
Auteur inconnu
J'ai mangé un oeuf,
Deux langues de bœufs,
Trois rôts de mouton,
Quatre gris jambons,
Cinq rognons de veau,
Six couples d'oiseaux,
Sept immenses tartes,
Huit filets de carpe,
Neuf kilos de pain,
Peut-être, ce soir,
Vais-je encor devoir
Manger mes deux mains
Pour avoir enfin
Le ventre plein!
Maurice Carême
Un papa rapluie
Qui me fait un abri
Quand j'ai peur de la nuit
Un papa ratonnerre
Je ne sais pas quoi faire
Quand il est en colère
Un papa rasol
Avec qui je m'envole
Quand il rigole
Un papa tout court
Que je fête en ce jour
Avec tout mon amour
Pierre Ruaud